Henri d'Orléans, comte de Paris.Alors que nous apprenions, hier, 21 janvier… la mort du Chef de la Maison de France, Henri d’Orléans, comte de Paris… Hasard de l’Histoire (mais le hasard n’existant pas ! seule la Providence régit notre monde !!) ce descendant notamment de Louis-Philippe d’Orléans dit Philippe-Égalité, qui avait voté la mort du roi Louis XVI, Henri d’Orléans s’est éteint le jour anniversaire de l’exécution de ce dernier, le 21 janvier 1793.

Son fils Jean, désormais chef de file des orléanistes, est maintenant le nouveau titulaire du titre de comte de Paris et chef de la maison de France. Il en a fait l’annonce et a fait savoir depuis le domaine royal de Dreux :

« J’ai la tristesse de vous annoncer le décès de mon père, Monseigneur le Comte de Paris, survenu ce matin. Je le confie à vos prières »

 

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DERNIERS MOMENTS DE LOUIS XVI

Lundi 21 janvier 1793

Jean Raspail

 

À six heures, l’abbé Edgeworth célèbre la messe. Cléry a dressé l’autel sur la commode tirée au milieu de la pièce. Le curé constitutionnel d’une église voisine a accepté de fournir ornements et objets du culte, mais certains municipaux ont tenté de s’opposer à ce que le roi communie, sous prétexte que l’hostie pourrait être empoisonnée. Cléry sert la messe. Comme il hésite parfois, bouleversé, le roi lui indique du doigt les chapitres sur le missel. Les municipaux se sont quand même retirés, mais ont exigé que les portes restassent grandes ouvertes. Le roi communie, puis se réfugie dans sa tourelle pour prier. Il est sept heures et demie du matin. (…)

 

Vers huit heures et demie il se fait un grand vacarme. La cour du Temple et tout le quartier retentissent de cliquetis d’armes et de pas d’hommes et de chevaux. Les portes s’ouvrent avec fracas. C’est Santerre, accompagné de dix gendarmes et des commissaires municipaux.

— Vous venez me chercher ?

— Oui.

— Je suis en affaire, dit avec autorité le roi. Attendez-moi là. Dans une minute je serai à vous.

Il referme la porte de la tourelle et se jette aux pieds de l’abbé :

— Tout est consommé. Donnez-moi votre bénédiction et priez Dieu qu’il me soutienne jusqu’à la fin. (…)

Silence et visages de bois. Le roi regarde Santerre et dit :

— Marchons.

 

À l’entrée de l’escalier, il aperçoit Mathey, le concierge sans-culotte qui avait de si affreuses manières.

— J’ai eu un peu de vivacité envers vous avant-hier, lui dit le roi. Ne m’en veuillez pas.

Mathey se détourne ostensiblement. Il a peur que ce mot obligeant du dernier roi lui fasse perdre sa loge. En traversant la première cour, le roi se retourne et lève les yeux vers le troisième étage du donjon où sont la reine et sa famille. Puis, au mouvement qu’il fait, raconte l’abbé Edgeworth qui l’accompagne, « on voit qu’il rassemble sa force et son courage ».

 

La voiture, une berline verte, ne comporte que quatre places étroites. Le roi et l’abbé Edgeworth sur une banquette et, en face d’eux, presque genoux contre genoux, deux gendarmes, le lieutenant Lebrasse et le maréchal des logis Muret. (…) l’un est un défroqué, Lebrasse. Peut-être même les deux : dernière avanie d’Hébert qui les a lui-même désignés. Il semble toutefois, d’après Edgeworth, « qu’ils parurent extasiés et confondus tout ensemble de la piété tranquille d’un monarque qu’ils n’avaient jamais vu sans doute d’aussi près ». Le roi lit l’office des morts sur le bréviaire de l’abbé Edgeworth, alternant avec l’abbé la récitation des psaumes.

 

Les vitres de la voiture sont levées et embuées. On ne voit rien à l’extérieur où règne une humidité pénétrante faite de brouillard et de neige fondue. Les chevaux avancent au pas. En tête du cortège, cent gendarmes à cheval, puis douze tambours qui ne cesseront de battre pendant la durée du voyage. Qui durera une heure trois quarts.

Choisis avec un soin républicain, douze cents hommes des sections entourent la voiture (« tout ce qu’il y avait de plus corrompu dans Paris », note Edgeworth). En arrière-garde, cent sectionnaires à cheval. Par ordre de la Commune et sous menace de faire feu, toutes les boutiques sont closes, les portes et les fenêtres des maisons fermées. Et peu ou pas de civils dehors, mais une immense et formidable haie de quatre-vingt mille hommes sous les armes, dont certains retiennent leurs larmes.

 

Porte Saint-Martin, une jeune fille crie « Grâce ! » et s’évanouit. Quelques voix s’élèvent : « Grâce ! Grâce ! »

À ceux-là, il fallut beaucoup de courage. Le roi ne les entend pas, ne les voit pas. Il ne saura rien non plus de la tentative avortée du baron de Batz, porte Saint-Denis, lequel tire son épée et crie : « À nous ceux qui veulent sauver leur roi ! », puis échappe miraculeusement tandis que ses deux compagnons sont sabrés. Plus loin, à hauteur de la Madeleine, c’est Beauregard, un ancien secrétaire de la reine, qui se précipite seul sur l’escorte et expire dans son sang, sur le pavé. Retentissent à présent les cris de mort. La Commune a peuplé la Concorde de ses enragés. La voiture s’arrête. Le roi, cette fois, a entendu. Il dit :

— Nous voilà arrivés, si je ne me trompe.

La portière s’ouvre. Le roi descend. D’un ton souverain, désignant Edgeworth, il déclare :

— Messieurs, je vous recommande monsieur que voilà. Ayez soin qu’après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte.

 

C’est alors que, levant la tête, il aperçoit la machine sur sa plate-forme, à deux mètres au-dessus du sol, entourée d’une balustrade. Tous les témoins affirmeront que le roi ne tremblait pas. Son regard est calme. Son teint ne paraît pas altéré. Repoussant les aides-bourreaux qui veulent lui ôter son habit, il l’enlève lui-même, défait son col, ouvre sa chemise. On veut s’emparer de ses mains pour les lui attacher derrière le dos. Il proteste avec vivacité.

— Que prétendez-vous ?

— Vous lier.

— Me lier ! Je n’y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas !

 

Comme ses bourreaux s’apprêtent à l’y forcer, lui, le roi, en présence d’une foule innombrable, il interroge du regard l’abbé Edgeworth, lequel lui dit :

— Sire, je vois dans ce nouvel outrage un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.

Le roi consent.

— Assurément, dit-il, il faut Son exemple pour que je me soumette à pareil affront.

Puis se tournant vers les bourreaux :

— Faites ce que vous voudrez. Je boirai le calice jusqu’à la lie.

 

Il reste à monter les marches raides, étroites et mal équarries qui conduisent à la machine, ce qui est malaisé pour un homme de sa stature et qui a les mains liées. L’abbé Edgeworth le soutient. Les bourreaux sont là qui l’attendent pour le courber sous la lunette et l’attacher avec des sangles. Le roi s’arrache à leurs mains, fait face à la foule et d’un geste arrête les tambours, qui aussitôt lui obéissent. Alors, dans le silence, il s’écrie d’une voix qui s’entend jusqu’aux Tuileries :

— Peuple, je meurs innocent de tous les crimes que l’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France…

 

Des soldats pleurent. La foule va-t-elle se retourner ? Santerre tire son sabre, hurle des ordres, et reprennent les roulements de tambour qui couvrent la voix du roi. Sanson reste immobile, comme hagard. C’est son fils Henri-François, Legros et les autres bourreaux, futurs exécuteurs de la reine, qui précipitent le roi dans les sangles. On entend un cri « affreux ». Le couperet tombe. Jaillit une pluie de sang devant laquelle, horrifié, le confesseur du roi recule. Anéanti par la douleur, l’abbé Edgeworth de Firmont sera plus tard incapable de préciser s’il a ou non prononcé ces paroles que la postérité a retenues : « Fils de Saint-Louis, montez au ciel ! ».

 

Il est dix heures et vingt-deux minutes. Le sacré s’est retiré à jamais, en France, de l’exercice du pouvoir. Le roi Louis XVI avait trente-huit ans ».

LOUIS XVI, dit « Louis le dernier »